Thèmes d'actualité fermer

TF1 : Marie-Sophie Lacarrau, la relève occitane de Jean-Pierre Pernaut

PORTRAIT. La journaliste reprend ce lundi la présentation du journal de 13 heures. Qui est-elle et comment s'est-elle préparée ? Confidences.
PORTRAIT. La journaliste reprend ce lundi la présentation du journal de 13 heures. Qui est-elle et comment s'est-elle préparée ? Confidences.

À peine décroche-t-elle le téléphone qu'on met le cap vers le Sud. Marie-Sophie Lacarrau est un concentré d'Occitanie. Née dans l'Aveyron, elle a grandi à Perpignan et étudié à Toulouse. À 45 ans, cette journaliste, débauchée de France Télévisions, a la lourde, très lourde tâche de succéder ce lundi 4 janvier à Jean-Pierre Pernaut à la présentation du 13 heures de TF1.

N'est-ce pas une folie que de se glisser dans le fauteuil de « JPP », qui quitte le journal de la mi-journée le plus regardé d'Europe avec 40 % de part de marché ? « À chaque fois que la rumeur sur son départ ressortait, je plaignais celui ou celle qui allait devoir le remplacer. C'est un tel monument ! Finalement, c'est moi. Mais je le vis très bien ! » s'amuse l'Aveyronnaise au téléphone. « Avec le directeur de l'information Thierry Thuillier, nous avions repéré Marie-Sophie depuis longtemps. C'est une femme qui a acquis une grande expérience à France Télévisions et qui connaît bien nos provinces et nos régions, le cœur de la ligne éditoriale du 13 heures », indique Gilles Pélisson, PDG de TF1.

Du Villefranchois à France 2

C'est à Villefranche-de-Rouergue, une sous-préfecture de 12 000 habitants connue pour sa vieille bastide du XIIIe siècle, que naît Marie-Sophie Lacarrau le 20 septembre 1975. Sa mère est commerçante, son père visiteur médical pour un laboratoire pharmaceutique. Elle habite ensuite près de Perpignan, où elle va au collège. En classe de troisième, elle se prend de passion pour le journalisme. Un métier qui permet de voyager et d'assouvir sa curiosité. « Mes parents ont été surpris, car je n'avais pas de contacts dans ce milieu, mais ils m'ont soutenue », raconte-t-elle. Après une licence de lettres modernes à l'université Toulouse-Jean-Jaurès (Le Mirail), elle échoue à l'oral du concours d'entrée pour le Celsa, l'École des hautes études en sciences de l'information et de la communication de la Sorbonne, à Paris. « Du coup, j'ai décidé de prendre une année pour multiplier les stages, car je n'avais pas abandonné l'idée d'exercer ce métier. J'ai envoyé beaucoup de lettres de candidature », poursuit-elle. Elle effectue alors plusieurs stages, notamment à la rédaction du Villefranchois, le journal de son village natal, mais aussi au quotidien Midi libre et au sein des chaînes LCI et M6. « Puis j'ai trouvé un poste dans la chaîne satellite Grand Tourisme, spécialisée dans l'automobile et aujourd'hui disparue », se souvient-elle.

Lire aussi Jean-Pierre Pernaut : « Les politiques devraient plus regarder mon JT »

Le déclic s'opère dans le courant de l'année 2000. À 25 ans, la jeune journaliste décroche un CDD à la rédaction locale de France 3 à Rodez, préfecture de l'Aveyron. En 2002, elle devient reporter pour France 3 Midi-Pyrénées. À la faveur d'un remplacement durant les vacances de Noël 2005, elle présente son premier JT. « J'avais un tract terrible et n'en menais pas large. J'ai espéré toute la journée une grosse panne d'électricité qui m'aurait sauvée ! Finalement, on m'a conseillé d'être moi-même, naturelle, et tout s'est bien passé. » Des conseils que cette fanatique de yoga et de danse suit alors qu'elle présente en alternance le 12/13 et le 19/20 de France 3 Midi-Pyrénées, dont les audiences décollent. En 2010, elle devient le « joker » (la remplaçante) de Carole Gaessler au 19/20 national de France 3, puis passe sur France 2 en 2014. En 2016, elle succède à Élise Lucet pour la présentation du JT de 13 heures de France 2. Durant la semaine du Nouvel An 2019-2020, elle remplace même Anne-Sophie Lapix au 20 heures.

« Je ne viens pas pour tout transformer »

« C'est une fille calme, sage et pondérée, qui ne s'impose jamais par la force. […] Ce n'est pas une diva, c'est une terrienne. », dit d'elle son confrère Pierjean Frison à La Dépêche. Des qualités qui doivent permettre à Marie-Sophie Lacarrau de garder la saveur des « territoires » de Jean-Pierre Pernaut. « Je ne viens pas pour tout transformer dans ce journal. Le 13 heures aura toujours sa ligne éditoriale ancrée dans les régions et on continuera de mettre en avant les traditions. Bref, ce sera un journal d'info en proximité avec le téléspectateur », nous confie-t-elle. La journaliste y ajoutera néanmoins sa patte : « Plus de sujets vie quotidienne, consommation, pouvoir d'achat. J'aime bien accompagner le téléspectateur par le biais de solutions pour résoudre des problèmes. Je suis plutôt du genre à voir le verre à moitié plein qu'à moitié vide », explique-t-elle.

Ironie du sort, Marie-Sophie Lacarrau va désormais être en concurrence frontale pour le JT de 13 heures avec Julian Bugier, son ancien collègue de France 2 avec qui elle coprésentait les cérémonies du défilé du 14 Juillet et qui débute aussi ce lundi à la présentation du 13 heures de la Deux. « On s'entend toujours très bien. J'espère qu'il prendra autant de plaisir que celui que j'ai ressenti à présenter le journal de France 2. »

Lire aussi JT de 13 heures de TF1 : Jean-Pierre Pernaut tire sa révérence

Parviendra-t-elle à conserver les quelque 6 millions de téléspectateurs de Jean-Pierre Pernaut, soit deux fois plus que les 3 millions de fidèles qui la suivaient pour le 13 heures de France 2 ? Jean-Marc Dumontet, qui l'a engagée pour la présentation des Molières 2020, en est persuadé. « Marie-Sophie Lacarrau ne sera pas le genre de journaliste forte en thème, arrogante et froide, au-dessus de la mêlée. La capacité d'empathie, le naturel souriant et la sincérité de cette femme dont le parcours professionnel a commencé dans le Sud-Ouest séduiront certainement le public plutôt âgé et moins urbain de TF1 », estime le producteur dans les colonnes de L'Obs.

« Ce n'est pas rien de succéder à Jean-Pierre. Cela oblige »

« Ce n'est pas rien de succéder à Jean-Pierre. Il y a le poids de la chaîne, de sa personnalité. Cela oblige. Mais sincèrement, je me sens très sereine et impatiente de présenter ce premier 13 heures. Je n'ai pas du tout le tract », souffle Marie-Sophie Lacarrau, qui est, depuis début novembre, dans les locaux de TF1 et a multiplié les répétitions en plateau et changé avec les équipes la scénographie du journal. Souhaitons-lui que les audiences de son JT ne terminent pas comme ce tourment amoureux que décrit Louise Labé dans son poème « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie » qu'elle connaît par cœur : « Puis, quand je crois ma joie être certaine, Et être au haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur. »

Shots similaires