« La révolution » : aux armes citoyens, que le gore abreuve nos sillons
Un grand malheur s’est abattu sur la France : La Révolution. Avant qu’ils ne m’exorcisent en brandissant les écrits de Jules Michelet ou d’Eric Hazan, rassurons les vrais républicains. Il ne s’agit pas, ici, du processus historique qui aboutit au renversement de la monarchie, mais d’une série ainsi intitulée, dont le propos – si on peut le déchiffrer sous les flots d’hémoglobines et les monceaux de viscères qui le recouvrent – est de raconter 1789 sous la forme d’un film d’horreur.
La métaphore mise en œuvre par Aurélien Molas, créateur de cette production Netfix, repose sur une mutation qui donne au sang humain une couleur bleue. Ceux et celles qui en sont frappés reçoivent en prime une immortalité qu’ils doivent entretenir en consommant de la chair humaine.
Les « sang bleu » se nourrissent du peuple, on ne saurait être plus clair. Restait à bâtir un récit, évoquer une atmosphère, créer des personnages. Arrivé à la conclusion versaillaise et grotesque du huitième épisode, aucune de ces tâches n’a été menée à bien. Alternant phases de grand guignol hystérique et longues plages dialoguées avec une platitude qui déferait des acteurs plus chevronnés que ceux qui occupent l’écran, La Révolution, contrairement à son lointain modèle historique, est un fiasco.
Complot diaboliqueLe protagoniste s’appelle Joseph Guillotin (Amir El Kacem). Lui non plus n’a pas grand-chose à voir avec le médecin qui contribua à la mise au point de la machine à décapiter. Orphelin boudeur, cette version du docteur Guillotin vivote mélancoliquement à Montargis, où il a été exilé pour avoir tenté une greffe du rein (encore une phrase que je n’aurais jamais cru écrire). La sous-préfecture du Loiret est ici l’épicentre d’un complot diabolique ourdi par des nobles désireux de mettre en échec les menées de la Fraternité, une organisation clandestine vouée à leur perte.
Dans la famille Montargis (puisque c’est aussi le patronyme de la famille qui gouverne la ville), le père (Laurent Lucas, acteur aventureux qui a pris ici un risque inutile) le dispute en abomination à son fils dégénéré (Julien Frison). Seule leur nièce et cousine Elise (Marilou Aussilloux) sauve l’honneur de son ordre par la hauteur de ses vues. A la fois zombies et vampires (zompires ?), les nobles en perruques poudrées se transfusent les uns les autres tout en mangeant les petits enfants avec les doigts.
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