Sénat : la droite veut interdire l'écriture inclusive

Le texte de la sénatrice Les Républicains Pascale Gruny prévoit en effet de bannir l’écriture inclusive « dans tous les cas où le législateur (et éventuellement le pouvoir règlementaire) exige un document en français ».
Un large panel est visé : les modes d’emploi, les contrats de travail, les règlements intérieurs d’entreprises, mais aussi les actes juridiques, qui seraient alors considérés comme irrecevables ou nuls si la mesure venait à être appliquée.
Les sénateurs demandent l’interdiction des mots grammaticaux constituant des néologismes tels que « iel », une contraction de « il » et « elle », ou « celleux », contraction de « celles » et « ceux ».
La proposition de loi prévoit aussi d’inscrire l’interdiction de l’écriture inclusive dans le code de l’éducation, alors que son utilisation est déjà proscrite à l’école par une circulaire de l’ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en 2021.
« Péril mortel » ou « outil de lutte »« C’est une pratique qui est justement contraire à l’inclusion », plaide le rapporteur (rattaché LR) Cédric Vial. « Les plus impactés par son utilisation sont en effet les personnes en situation de handicap et d’illettrisme, ou atteintes de dyslexie. C’est une contrainte supplémentaire. Pour inclure, il faut au contraire simplifier la langue ».
Adopté et même renforcé en commission mercredi, le texte suscite l’indignation d’une partie de la gauche. « C’est un texte inconstitutionnel, rétrograde et réactionnaire, qui s’inscrit dans un courant conservateur de longue date de lutte contre la visibilisation des femmes », s’offusque le sénateur socialiste Yan Chantrel.
Qualifiée de « péril mortel » par l’Académie française, outil de lutte contre les inégalités femmes-hommes pour ses défenseurs, l’écriture « dite inclusive » désigne selon l’auteure du texte « les pratiques rédactionnelles et typographiques visant à introduire des mots grammaticaux constituant des néologismes ou à substituer à l’emploi du masculin, lorsqu’il est utilisé dans un sens générique, une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine ».
Toute l’interprétation réside dans ce qu’englobe cette notion de « masculin générique ». Pour le rapporteur, il n’y a par exemple « pas de problème » avec l’utilisation de la « double flexion », qui vise à décliner le pendant féminin d’un mot, comme « les sénateurs et les sénatrices » au lieu de « les sénateurs ». Le fameux point médian, comme dans « sénateur.rice.s », lui, est clairement visé.
Cartes d’identité annulées ?M. Chantrel fait remarquer que la rédaction actuelle du texte rendrait nulles toutes les pièces d’identité éditées sous l’ancien format, où figure la mention « né (e) le » pour la date de naissance. M. Vial assure lui que cela n’entre pas dans le champ d’un « masculin générique ».
La proposition de loi a de bonnes chances d’aboutir à une adoption compte tenu de la domination de la droite et du centre à la chambre haute, ce qui serait une première au Parlement. Mais rien n’assure qu’elle sera reprise ensuite par l’Assemblée : une proposition similaire du Rassemblement national a en effet été retirée en cours d’examen en octobre alors qu’elle se dirigeait vers un rejet.
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