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Enseignant décapité à Conflans : l'assaillant n'était pas sur le radar de l'antiterrorisme

Un professeur d’histoire-géographie a été sauvagement tué ce vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par un jeune Tchétchène. Il y a

Quelques minutes avant l'horrible crime, un message troublant est publié sur Twitter sous forme de revendication. A 16h55, ce vendredi, un internaute sous le pseudonyme « Tchétchène_270 » écrit : « De Abdullah, le serviteur d'Allah, à Macron, le dirigeant des infidèles, j'ai exécuté un de tes chiens de l'enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu'on ne vous inflige un dur châtiment… (sic) ». Le tweet est accompagné d'une photo insoutenable d'une tête découpée avec la légende : « C'est Monsieur P. »

Trois semaines jour pour jour après l'attaque au hachoir dans les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris, le terrorisme a frappé à nouveau en France de manière aussi ignoble que symbolique. Et c'est au tour de l'Education nationale cette fois de pleurer l'un des siens. Il est 17 heures passées ce vendredi lorsqu'un équipage de policiers municipaux remarque près du collège du bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) le corps d'un homme atrocement mutilé. Sa tête gît à quelques mètres. Un suspect - à l'apparence juvénile - se tient près de la dépouille et menace les fonctionnaires avec ce qui semble être une arme à feu. Il prend ensuite la fuite en direction de la rue de la Haute-Borne avant d'être rattrapé 800 m plus loin par une patrouille de la brigade anticriminalité de Conflans en voiture, allée des Bergeronnettes, dans la commune limitrophe d'Eragny (Val-d'Oise).

Pas fiché S, ni connu du renseignement territorial

Après avoir crié « Allah Akbar (NDLR : Dieu est grand, en arabe) », l'assaillant se dirige vers les policiers de manière hostile avant d'être abattu par dix tirs de riposte. Déclaré mort quelques minutes plus tard, il a été trouvé sur lui un fusil de type Airsoft ainsi qu'un couteau doté d'une petite lame. Il ne s'agit semble-t-il pas de l'arme du crime puisque aucune trace de sang n'y figure et qu'un témoin dit avoir vu le tueur ramasser quelque chose au sol avant de s'enfuir.

Enseignant décapité à Conflans : l’assaillant n’était pas sur le radar de l’antiterrorisme

Selon nos informations, les premiers éléments indiquent que le suspect s'appelle Aboulakh A., un jeune homme de 18 ans d'origine tchétchène et né à Moscou (Russie), et qu'il est domicilié dans les Yvelines. Ce qui correspondrait au pseudonyme utilisé par l'internaute qui a publié la photo macabre de la décapitation, ainsi que des clichés à la gloire de « la Tchétchénie libre » sur Twitter. Aboulakh A. n'est pas fiché S ni connu du renseignement territorial pour une quelconque radicalisation, selon nos informations. Il est, en revanche, connu pour une dégradation en réunion en 2016.

Quant à la victime mutilée, il s'agit bien de « Monsieur P. », Samuel P., un professeur en histoire-géographie qui enseignait au collège de Conflans-Sainte-Honorine près duquel il a été assassiné. Alors que le parquet national antiterroriste (Pnat) s'est saisi de l'enquête, les premières investigations, confiées à la Sdat et la DGSI, privilégient la thèse d'un acte de représailles commis par un islamiste radicalisé.

Un cours qui a suscité un certain émoi

Samuel P. avait en effet créé une polémique au niveau local après avoir pris l'initiative, il y a une dizaine de jours, de dispenser un cours sur la liberté d'expression. Dans ce cadre, il avait montré à ses élèves de 4e une caricature du Prophète Mahomet. En amont, il avait pris le soin de laisser la possibilité aux élèves qui le souhaitent de quitter la salle de cours. Ce qui n'avait pas empêché de provoquer un certain émoi au sein de l'établissement.

Plusieurs parents d'élèves se sont émus de cette situation. Sur une vidéo mise en ligne sur YouTube, un père exprime son dégoût et traite l'enseignant de « voyou ». Il invite d'autres parents à le contacter. Même s'il emploie des termes peu amènes envers le professeur, il n'appelle pas à la violence contre lui. Le témoignage filmé de sa fille - sur lequel son visage n'apparaît pas - a également été mis en ligne. La collégienne raconte la scène et comment l'enseignant a demandé aux élèves musulmans de lever la main pour les prévenir qu'ils allaient peut-être être choqués. L'adolescente explique avoir refusé de partir et raconte que la caricature représentait le Prophète sans vêtement. « On a tous été choqués, même ceux qui n'étaient pas musulmans », relate-t-elle, expliquant qu'elle a vécu cet épisode comme un manque de respect pour sa religion.

«Il se savait menacé de mort»

Le terroriste présumé, qui ne connaissait vraisemblablement pas sa victime, a-t-il été galvanisé par la vive controverse autour du cours ? L'enquête va devoir le déterminer. « Le parent d'élève était allé voir le proviseur accompagné d'un homme connu des services de renseignement. L'affaire s'était dégonflée localement et le professeur s'était excusé. Pour moi, il y a forcément un lien entre le diffusion de cette vidéo et ce passage à l'acte », confie un homme du renseignement.

Des témoignages dans le cercle éducatif révèlent que Samuel P. vivait très mal la situation. Des appels à la démission avaient été lancés. « Il se savait menacé de mort, au moins sur les réseaux sociaux, suite à un cours portant sur la liberté d'expression », rapporte le membre d'une association de parents d'élèves du collège. « C'était un prof reconnu pour son sérieux et même sa sévérité, selon certains élèves », ajoute Cécile Ribet-Retel, présidente de la Peep de Conflans.

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En plein débat sur la loi sur le séparatisme, qui vise à lutter contre l'islamisme, cette attaque barbare visant une profession de moins en moins respectée suscite une vive émotion dans la classe politique. Le président Emmanuel Macron s'est rendu ce vendredi soir à Conflans-Sainte-Honorine. Cet attentat survient en plein procès des attentats de janvier 2015 et peu de temps après l'attaque commise à Paris par un Pakistanais qui voulait se venger de la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo.

Il met également en relief le poids de la communauté tchétchène dans le djihad français. « Les Tchétchènes représentent entre 15 à 2 % des islamistes radicalisés, souligne Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme (CAT). La communauté fait l'objet d'une surveillance accrue de la part du service de renseignement intérieur. »

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