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Allemagne : le récit de la tuerie raciste de Hanau

Les fusillades de mercredi soir dans des bars à chicha ont fait neuf morts. Le terroriste a pris pour cible des personnes d’origine étrangèr

« Dehors les nazis! » Le slogan a fini par jaillir ce jeudi 20 février parmi la foule réunie dans la soirée sur la place principale de Hanau en Allemagne, à 20 km de Francfort, pour un hommage aux neuf personnes tuées dans la double fusillade survenue la veille. C'était un cri du cœur, un cri de colère, rapidement étouffé.

Un peu plus tôt, la classe politique allemande, locale et nationale, avait affiché son unité pour dire non, en des termes plus feutrés, au racisme et à la xénophobie. Mais la sonorisation n'était pas assez puissante. Emmitouflée dans une parka sombre, Asli n'a rien entendu des discours du maire de la ville et du président allemand, Frank Walter Steinmeier. De toute façon, elle n'était pas là pour ça. « Je suis venue parce que je ne pouvais pas rester seule », nous glisse-t-elle, en français, entre deux sanglots.

Des enfants de « Little Istanbul »

Penchée sur son téléphone, elle nous montre les photos de son amie d'enfance et voisine, Mercedes, l'une des victimes du tueur à l'Arena Bar, le lieu de la deuxième fusillade. « Hier soir (mercredi soir), j'étais encore avec elle dans mon appartement, souffle-t-elle. Habituellement, Mercedes travaille à l'Arena Bar, juste en bas de chez nous, comme serveuse. Mais elle était de repos hier. Vers 22 heures, elle est juste descendue pour aller acheter des cigarettes là-bas… ». A cet instant précis, l'assaillant présumé, Tobias R. n'est pas encore arrivé sur place. Il vient de déclencher une première fusillade au Midnight, un bar à chicha du centre-ville, qui a fait quatre morts et plusieurs blessés.

Tobias R. a laissé chez lui une vidéo revendiquant son geste./Capture vidéo
Tobias R. a laissé chez lui une vidéo revendiquant son geste./Capture vidéo  

Cet Allemand de 43 ans, conseiller bancaire de formation, célibataire et inconnu des services de police, quitte les lieux au volant d'une BMW noire et roule en direction de Kasselstadt, en périphérie de Hanau. Quelques minutes plus tard, il fait irruption à l'Arena Bar. Mercedes, mère de deux enfants, née en Allemagne dans une famille d'origine polonaise, est l'une des victimes de cette deuxième fusillade. Les autres s'appelaient Fehrat, Gökhann ou Amza. Agés de 20 à 25 ans, issus de familles originaires de Turquie ou de Bosnie, tous avaient grandi dans ce bloc d'immeubles surnommé « Little Istanbul » par les voisins d'à-côté. Ce mercredi soir, certains d'entre eux regardaient le match de Ligue des champions Tottenham-Leipzig et le football était l'une de leurs passions communes.

En quittant l'Arena, le tueur, licencié dans un club de tir, vise et touche en plein front le conducteur d'une voiture garée sur le parking en face. Sa neuvième victime. Que fait alors Tobias R. ? Il rentre chez lui au 13, Helmholtzstrasse, l'adresse du petit pavillon à la façade couleur saumon qu'il occupe depuis des décennies avec ses parents septuagénaires. La maison est située à 300 m à peine de l'Arena Bar et de « Little Istanbul ».

Un discours xénophobe délirant

La plaque d'immatriculation de son véhicule est repérée par des témoins, ce qui permet aux autorités allemandes de le localiser au bout de quelques heures. Quand la police arrive sur place, l'homme est déjà mort. S'est-il suicidé après avoir tué sa mère ? Le corps inanimé de cette femme de 72 ans est retrouvé sur place. Quant au père, Hans-Gerd R., dont le rôle reste à déterminer, il est conduit au commissariat.

« Je n'ai jamais croisé Tobias dans le quartier, explique Silvio, un proche voisin. En revanche, le père était connu pour ses propos racistes. Il s'en prenait toujours à ses voisins d'origine étrangère pour un oui ou pour un non… » Aurait-il infusé sa haine auprès de son rejeton ? Au domicile de la famille, les policiers ont retrouvé deux documents laissés par le fils. Il s'agit d'une vidéo de revendication et d'un « manifeste » de vingt-quatre pages où transparaît son idéologie xénophobe.

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Habité visiblement par une détestation des étrangers et des « non-blancs », en opposition « à la pureté de la race allemande », Tobias R. semble appeler à l'extermination de plusieurs pays en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie centrale. Un discours délirant mais qu'il a traduit par un projet terroriste très concret. A quelques encablures de chez lui.

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